L'exosquelette


Comme tous les arthropodes, la crevette est caractérisée par la présence d'un exosquelette (squelette externe), appelé également cuticule. L'exosquelette est composé entre autre de protéines, de chitine et de carbonate de calcium. La chitine, un sucre aminé, est le deuxième polymère le plus produit dans le monde vivant après la cellulose ! Attention à ne pas donner le nom de « carapace » à la cuticule : la carapace (carapax) n’est pas la totalité de l’exosquelette, mais seulement une de ses parties, celle qui protège le céphalothorax.


L’exosquelette recouvre entièrement le corps de la crevette et il est composé de métamères, ou segments protégés par des plaques rigides : un sclérite dorsal (tergite), un sclérite ventral (sternite) et des sclérites latéraux (pleurite et épimérite). Il porte aussi une paire d’appendices articués ventraux insérés entre l’épimérite et le sternite. Il s’agit de la partie dorsale du céphalothorax.


Les métamères sont regroupés en segments ayant une fonction spécialisée (tagmes) : le céphalon (la tête), le péréion (le thorax) et le pléon (« l’abdomen »).

A l'extrémité du céphalothorax se trouve le rostre, qui ressemble à une lame dentelée. Sa forme, sa longueur, sa courbure et le nombre de denticules qu'il présente sont extrêmement importants pour l'identification des espèces au microscope.

Le pléon est constitué de 6 segments articulés. Le second segment abdominal, qui se retrouve élargi chez la femelle au niveau de l'abdomen, est le pleuron.


L'extrémité du corps se termine en pointe triangulaire, le telson. De chaque côté du telson, on observe des uropodes, au nombre de 4, qui forment une sorte d’éventail servant de gouvernail à la crevette lors de la nage. Le telson est souvent orné de petites épines.

La croissance et la mue


La cuticule de la crevette étant inextensible, le crustacé doit donc en changer plusieurs fois au cours de sa croissance quand elle devient trop petite. On nomme ce processus la mue ou l’exuviation. Il est déclenché par une hormone stéroïde appelée ecsydone, et se produit en plusieurs étapes.


1) La pré-mue (proecsydie)

Pendant la pré-mue, ou proecsydie, la crevette procède à un déstockage des substances minérales de la carapace afin que celle-ci devienne souple et élastique. Sous l’ancienne cutilicule, elle commence ensuite à synthétiser sa nouvelle cuticule, composée de plusieurs couches de chitine et de protéines, grâce à tous les composants nécessaires qui sont déjà stockés dans l’estomac. Ce processus prend environ 2 semaines, pendant lesquelles la crevette ne se nourrit pas ou peu. Juste avant la mue, l'apolyse, correspond au décollement de l'épiderme et de l'ancienne cuticule. Elle dure quelques jours.


2) La mue (ecsydie ou exuviation)

Après l'apolyse, un liquide est sécrété entre l'épiderme et la cuticule, le liquide exuvial (ou liquide de mue). Celui-ci contient des enzymes qui digèrent les couches les plus souples de la cuticule. Une fois que la nouvelle cuticule est suffisemment épaisse et rigide vient l'étape de l'exuviation à proprement parler. La crevette effectue de vifs mouvements

rythmiques afin de rejeter l'ancienne cuticule (l'exuvie) qui finit par se déchirer sur le dessus de la carapace, grâce à une entrée d’eau par les branchies et l’intestin. La crevette peut prendre quelques minutes pour s’extraire de l’exuvie.


3) La post-mue (post-ecsydie)


L'opération se poursuit avec une reprise de la sécrétion cuticulaire post-exuviale, c'est-à-dire un dépôt de nouvelles couches de chitine et de protéines. La cuticule se durcit progressivement : c'est la sclérification. Chez les crevettes,

ce processus s'effectue essentiellement par l'assimilation de

calcium provenant de l’eau. Une fois que les mâchoires ont durci,

la crevette peut de nouveau se nourrir.


4) L’inter-mue (anecsydie)


C’est pendant cette phase de repos tégumentaire que la crevette grandit et se développe. La cuticule finit de durcir en l’espace de quelques jours, mais cela peut aussi prendre plusieurs semaines, selon l’âge et la taille de l’animal.


La mue est donc un phénomène long et compliqué, qui rend la crevette extrêmement vulnérable. Une mauvaise qualité d'eau ou une alimentation inadaptée peuvent provoquer des problèmes de mue (cuticule qui ne se décolle pas, mauvaise sclérification, etc)  malheureusement fatals. Pendant la mue, le crustacé est immobilisé et ne peut affronter les prédateurs. Son tégument mou le laisse sans protection pendant plusieurs heures, c’est pourquoi de nombreuses cachettes dans l’aquarium sont importantes. Lorsque la crevette est « sous pression » pour déployer sa nouvelle cuticule, le moindre faux mouvement peut provoquer une blessure et une hémorrhagie.


La fréquence des mues est très variable. Les jeunes crevettes, en pleine croissance, peuvent muer environ une fois par semaine. En revanche, les adultes, qui continuent toujours de grandir mais à une vitesse bien moindre, peuvent muer une fois par mois, voire 4 à 5 fois par an pour les plus âgés. Si une crevette perd un membre, lors d’un combat par exemple, celui-ci sera replacé lors de la prochaine mue. Il sera plus petit et atteindra sa taille initiale au cours des mues suivantes.


L’exuvie, l’ancienne cuticule d’une crevette qui vient de muer, peut tout à fait être laissée dans l’aquarium. Les crevettes les mangeront, ce qui permettra un recyclage de sels minéraux. Attention à ne pas confondre une exuvie avec un cadavre ! Une exuvie est typiquement transparente et vide, il s’agit juste d’une enveloppe. Si vous constatez de la chair sous l’enveloppe (ainsi que des yeux toujours présents), alors c’est un cadavre, qu’il faut immédiatement retirer pour éviter toute pollution et/ou contamination.

L’exuvie d’une crevette (Chris Lukhaup)